Aujourd’hui, je ne
vais pas râler sur la longueur des descriptions même si certaines
le méritent. Je ne vais pas non plus me plaindre des récits où
elles sont plus présentes que l’action. Non, non, je préfère
parler de celle qui me tape sur les nerfs :
La description des personnages féminins…
Par les écrivains.
Non
pas les autrices. Cela ne veut pas dire que leurs descriptions sont
parfaites, mais je ne tique pas autant quand je les découvre. D’ailleurs
sur quoi vais-je tiquer chez leurs confrères masculins ? Je vais
prendre deux exemples.
J’ai
lu deux extraits récemment : Amalia par Daryl Delight et
Personaé par Elijaah Lebaron. Dans les deux, je me suis retrouvée à râler sur la manière dont leurs héroïnes étaient décrites.
Honnêtement, ça m’a coupé l’envie de poursuivre.
Dans
Amalia, le personnage donne l’impression de n’être qu’une
chevelure dotée d’une poitrine imposante et d’une paire de
fesses. Le reste ne semblait pas d’importance. En même
temps, elle est venue séduire ou provoquer son mari. Alors quel
intérêt de connaître la couleur de ses yeux ? De savoir sa
taille ? Non. Mieux vaut se concentrer sur les parties
sexualisées de son corps, car les hommes ne regardent que cela…*soupir*
Sauf
que s’identifier à un objet sexuel, ou un fantasme, ce n’est
jamais agréable pour une lectrice.
Dans
Personaé, les descriptions ne sont pas meilleures. En fait, les
trois personnages féminins présentés sont tous des canons. Bon, que la déesse le soit, pourquoi pas ? Maintenant il existe des mythologies
où ce n’est pas le cas. Mais les autres, avaient-elles besoin de l’être aussi ? (Spoiler : non) La première
donne des envies malsaines à un des proches de son entourage, sans
doute à cause de ses courbes voluptueuses… La seconde ? C’est
encore pire. Cette combattante aux lèvres charnues a
un charme irrésistible. Résultat, plusieurs hommes tombent la
chemise pour coucher avec elle. Le plus drôle — non — c’est
qu’elle se sent obligée de le faire. Ben oui, il ne faudrait pas
reculer devant ses responsabilités.
(Oui,
oui, c’est ce qui est écrit. Elle couche par responsabilité. Pas
parce qu’elle a envie ou qu’elle ait consentante. Non. Ben non. Non, elle doit juste
le faire. Je vous laisse deviner ma tête lors de ce passage malsain
au possible. Je rappelle que la contrainte rentre dans la définition juridique du viol…
Donc dans cette histoire, on a un personnage féminin qui le risque,
nous en avons un second qui subit un rapport sexuel. Je n’ose
imaginer la suite. Je pourrais faire un autre « je
râle » sur ce début de roman.)
Pour en revenir à
la description, nous avons deux auteurs qui représentent des femmes en
sexualisant leurs corps. Elles ne sont que courbes, poitrines ou
lèvres charnues. Elles ressemblent à ses gravures de mode lisses
que l’on trouve dans les magazines qui nous rendent la vie
impossible. En fait, les femmes ne sont montrer que sous l’angle
de la beauté et souvent sur le même modèle…
Sauf
que l’apparence des femmes ne se définit pas que par sa beauté. Son
but n’est pas d’attirer le mâle ou de lui donner du plaisir. Non,
nos corps peuvent se décrire au travers de notre existence. Nos
coupes peuvent coller à nos emplois. Nos ongles se raccourcissent
pour les tâches qu’il nous faut accomplir. Nos mains s’abîment
si notre travail est physique. Nos mèches peuvent blanchir au milieu
de la vingtaine aussi, avant que les rides ne soient venues enrichir
une peau trop lisse. Des vergetures, de la cellulite et des
cicatrices s’installent sur notre épiderme même lorsqu’on tente
de ressembler à ces filles trop minces sur les couvertures. Nos
corps ne rentrent pas tous dans les 34 ou 36… Quant aux culottes aux dentelles, elles n’ont rien de confortable.
Et
ma liste n’est pas exhaustive. Les femmes ne possèdent pas qu’un
physique. Elles en possèdent des milliers, sauf qu’il n’y en
a qu’un qui plaise aux hommes. En même temps, la
cicatrice ne peut pas être attirante chez une femme… Ses poils sont
sales alors que ceux du mâle non. Quant aux apparences atypiques, elles sont charismatiques au masculin. Pas au féminin.
Pourquoi ?
Pourquoi même les livres nous interdisent-ils ce droit ? Pourquoi
continuer à sexualiser certaines parties de nos corps ?
Pourquoi ne pas représenter ce à quoi nous ressemblons
vraiment ?
Si
la beauté n’est pas celle que l’on voit dans les magazines,
pourquoi est-elle la norme dans le cinéma, la télévision ou la
littérature ?
J’en
ai assez de ne pas pouvoir m’identifier à ces demoiselles
aux courbes impossibles, toujours séduisantes, toujours attirantes. Ne
pourrait-on pas avoir un personnage féminin à l’apparence banale, qui
ne soit pas forcément au centre de l’attention masculine et qui
existe sans donner envie aux hommes de la sauter ? Elle pourrait avoir un autre rôle que celui de l’intérêt romantique. Ou
de l’intérêt sexuel. Elle pourrait remplir une mission sans
tomber amoureuse du premier venu. Non parce que si les héros le
font, les héroïnes aussi peuvent le faire.
Si quelques auteurs passent par là, je voudrais qu’ils
songent à diversifier le physique féminin, qu’ils cessent de le
décrire comme un objet sexuel et qu’ils lui offrent la même
richesse que ceux de leurs homologues masculins.

